Three Seasons and “Les Amies”

Three Seasons and “Les Amies”

main picture : ” The Sound of Wind”, 8 x 14″, oil on canvas, 2026.

By Vannie Gama.

Did you think I would miss an equinox? Impossible not to mention this beginning of spring under the snow, in Montreal. Recently, I decided to take a small break from the large series — namely, Astropoetics and the new theoretical book — to make some smaller paintings, in fact, the smallest I have ever made in my life, each measuring less than 30 x 20 cm. It is curious how we do not control our ideas! As if all the articles to finish and the big projects were not enough, I could not stop myself from getting involved in two other projects: an artist’s book entitled ‘Sur Place’ (2026), and the series of contemporary vanitas (all because I started writing this text about vanitas and stillleben in a critical inflection toward Hegel), which I have not yet named, since I have not yet finished the theoretical work that motivated them in the first place.

"Wishful winter" - 8 x 10 ", oil on canvas, 2026. (Winter 2025-6).
“Wishful winter” – 8 x 10 “, oil on canvas, 2026. (Winter 2025-6).

Ah! What enormous irresponsibility. I will turn 29 in less than a month, and I keep doing the same childish thing as always: pausing large projects for smaller ones, which amuse me like intricate 1000‑piece puzzles, far less intricate than abstract puzzles with eccentric piece shapes like the big biannual projects or those even longer than that. In any case, in this little amusement of small texts and small paintings, I made six small pieces and two medium ones. The first three are tiny paintings inspired by each of my favorite parks in Montreal in each of the three seasons I have seen since I arrived seven months ago: I arrived at the end of summer, going through all of autumn and all of winter. It will be my first spring. Besides that, I wrote a short story about Brazil, far from the stereotypes of my country of origin; the experience is much more subtle and cultural. It is in French and will remain that way here on the website.”

” Beauty of irregularity” – 8 x 10 “, oil on canvas, 2026. (Fin d’été 2025).

For the series of the new vanitas and the artist’s book, I will write a separate text. I spent a good while without writing here, especially because of the obvious intensity of immigration, even if temporary. At least, these seven months were essential for doing something I had wanted to have more time for over the years: to resume some specific theoretical studies, which I hope to share with you soon, and also to regain a fluent French and allow myself the artistic discomfort of recalculating techniques, themes, and formats: living in a studio, it is no longer possible to paint large canvases as in previous years, and therefore, returning to small formats, I had to ‘sharpen the brush’, and do something I had long wanted the opportunity to do: study in museums, like the great masters. This really makes a difference. The contemporary vanitas, I believe, show a bit of this concentrated study reflected in a much more precise work — at least for this series — than the previous one, ‘Gestes’.

"Promenades " – 8 x 10 ", oil on canvas, 2026. (Autumn 2025)).

It is likely that this is a very materialist movement in order to return to the research on expanded painting with more repertoire, since I do not see myself in all this realism for very long. However, these are important phases to reframe all the usual conceptual weight of the works — even more socially concerned than ever — through a visual research that is less generic and less poorly finished (like the beginning of the expanded paintings I made from 2018 to 2023). But, you know, the weight of my words will always be more present in more formal texts than in these scraps on the website, for the simple matter of exposure, besides the fact that the language of a book and an article, a performance and a catalogue, is much freer for the depth or intensity of my concerns. I am, like so many artists, activists, and researchers, daily updated on our international conflicts, on their impact in the Americas and in Europe, and obviously, astonished by the outdated global behavior of seeing in the melting of the polar ice caps an opportunity for carbon-based income. All of this is always available in the theoretical materials or in the exhibitions themselves; here, in this era of surveillance by practically totalitarian and hypocritical regimes, it is impossible for me to dedicate myself to real experiences, to vocal perceptions without detours. Despite this, symbolic subtlety should not cease to be this foundation of art and social movements, watering the plantations of revolutions with harmless garden fountains.

” Les Amies ”
(As Amigas)

Par Vannie Aurin Pavelski da Gama, février 2026.

Pendant qu’elle attendait dans la file du petit poste de santé à quatre pâtés de maisons de chez elle, elle observait attentivement les notifications du téléphone. Ce même jour, elle devait encore voter, passer au marché et aller à l’armarinho (mercerie) pour terminer quelques retouches de la nouvelle montação (outfit) pour la soirée. La prochaine dans la file de la réception, elle n’avait même pas besoin d’emporter son portefeuille, puisque le RG (ID) et la carte du SUS (système unitaire de santé) étaient maintenant numériques, tout comme la carte de débit remplacée par le PIX. Quand ce fut son tour, montrant l’écran du téléphone au secrétaire, Duda était dans un état transitoire de post-impatience et d’ennui dû à cette attente pratiquement insignifiante.

En entendant la porte automatique avec le son dyadique, elle oubliait la performance d’insatisfaction espiègle, maintenant transformée en soulagement, en voyant Isa et Leo entrer en courant par le hall d’entrée pour l’embrasser. Accompagnée, Duda (surnom pour Eduardo) soulignait pour les amies leurs retards, avec un petit drame gesticulé. Pendant ce temps, le réceptionniste rendait un bracelet et le numéro à Duda. Les trois se dirigeaient alors vers les chaises libres, sauf Isa qui, debout, une main sur la hanche, lançait la conversation :

Ai, amiga, tu aurais dû simplement prendre un médicament pour le mal de tête ! On va rester au moins une heure ici… Et ton boy, il ne devrait pas venir, non ?

Leo, levant les yeux de son propre téléphone, complétait :

– De plus, tu as déjà voté ? Parce que si c’est pour y aller après ici et finir cet ourlet de ta robe, mona, ça va être un chaos.

Duda respirait profondément avec le menton de nouveau enfoui dans les mains, sur les genoux serrés, assise sur le banc d’attente. Répondant à l’inquisition des amies, elle expliquait que son petit ami, Felipe, ne l’avait pas accompagnée parce qu’il emmenait un des chiens du neveu chez le vétérinaire, en plus, elle voterait juste après la consultation, et, quant à l’ourlet de la robe, dans le pire des cas, elle improviserait quelque chose de plus simple au lieu des paillettes qui manquaient.

Leo commençait à partager avec elles quelques mèmes du jour, des potins politiques et des selfies avec les urnes électroniques aux potins entre les dragqueens qui allaient faire partie de ce même show dont Duda ferait partie. Dans l’environnement, le changement des numéros était lent sur l’écran LED en haut de la réception, avec un son cadencé à la porte d’entrée, formant un rythme cacophonique conjoint aux conversations organiques entre les personnes.

Pendant que Leo et Isa riaient du monde plat et infini de la digitalité, Duda, avec ce mal de tête qui l’avait menée au poste de santé, observait en silence un enfant parlant avec ce qui semblait être sa grand-mère, sur les bancs en face du sien. Elle se permettait d’être emportée par la nostalgie, où que ce soit, pourvu que ce ne soit pas cette monotonie du présent. Elle ressentait de la saudade (manque) de sa grand-mère. Quand Duda était enfant, de la taille de celle en face d’elle, avant les smartphones et les tablettes, elle jouait avec ses deux meilleurs amis du quartier, cueillant des mangues no pé (sur l’arbre) du jardin de la voisine. Le parfum de terre mouillée quand il pleuvait apportait la paix et le bonheur de pouvoir demander des bolinhos de chuva (un type de beignet) à sa grand-mère.

Plongée dans les mers du souvenir, dans un réflexe, son corps portait les doigts au guia  (une type de collier) pour Exú qu’elle portait sur la poitrine. Dans le monde des mémoires, elle se rappelait quand elle avait vu sa grand-mère crier sur sa mère, quand elle avait été emmenée pour la première fois au Terreiro (Espace de célébrations de l’Umbanda) du quartier. Elle n’avait jamais compris comment l’intolérance de la grand-mère avait pu causer une telle rupture entre les générations de la famille.

Dans la suite des fragmentations, elle se rappelait aussi quand l’oncle avait été expulsé de la maison, après avoir essayé de défendre sa petite amie, une femme trans, de l’attaque fatale qu’elle avait subie dans les rues du Piauí également dans les années 2000. Duda n’avait jamais connu l’oncle Leopoldo, mais elle imaginait qu’il était une personne gentille et de bonne humeur, car la mère, qui ressentait de la saudade du frère, le comparait à l’oncle chaque fois qu’elle faisait une blague ringarde aux fêtes de famille, ou à la São João, sa période préférée de l’année. La mère disait, sur un bon ton, pour que tous entendent :

« – Le Dudu est la cara (copie) de Leopoldinho ! Â»

Ces histoires la hantaient. Elle en entendait plusieurs comme ça, en plus de celles de sa propre famille. Même ainsi, elle aurait voulu apprendre à faire le cuscuz de la grand-mère, tout comme elle avait appris à utiliser une machine à coudre et à ne pas laisser les plantes de son appartement mourir. La mère avait envoyé un message ce jour-là, d’ailleurs, lui disant de passer chez elle pour chercher un pot de haricots, car elle devait mieux s’alimenter pour les performances et les demandes de l’atelier. Duda (ou Dudu, pour la mère) s’émouvait. Elles ne votaient pas pour les mêmes personnes, et le jogo de cintura (la finesse) post-élections serait nécessaire – détails de la vie familiale.

Isa, qui avait remarqué l’amie avoir les yeux humides, se perchait sur l’amie avec une étreinte affectueuse :

– Ça va, amor ?

Leo donnait quelques petites tapes sur le genou de Duda, avec une douceur pragmatique :

– Je crois que c’est ton tour, Duda, Numéro 126H, c’est ça ? Viens, tout à l’heure nous serons divôooonicas (divooooniques) sur cette scène !

Duda reprenait l’air après la plongée, pensait, appréciant les mers internes :

Comme c’est bon de vivre maintenant, exactement, maintenant !

À l’extérieur, elle recommençait à incorporer la Duda de toujours, exactement, maintenant.

(Fin)

_________________________________________-

Would you like to receive the next post on your digital door? 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *